APPEL DU GRIOT 


Ni fer ni poudre


La question :Le monde qui nous entoure est de plus en plus antireligieux ... comment vivre en ce monde ?
 
 
Le riot a dit: « La France est chrétienne et doit le rester ! »clament certains revendiquant un sursaut chrétien face à une christianophobie jugée ambiante. Ils se sentent menacer de toute part ! On nous dit qu’à l’école on interdit aux enfants de prononcer le mot, Noël, que le sapin qui, même coupées à Noël, a des racines trop chrétien pour avoir droit de cité profane et laïque. Sur le parvis de la cathédrale, des farouches cathos menacent le recteur: « A faire des baptêmes pendant la messe, vous faites fuir tout le monde, « Votre » cathédrale sera bientôt une mosquée! » Ou encore ... tel groupe de cathos bien sous tout rapport, accuse le premier magistrat de leur commune de vouloir détruire le christianise, pas moins. Tout cela pour une histoire bassement matérielle de salle et de vivre en commun.
Ces gens à la vue un peu courte ont peur ! Ils sont relayés par ceux qui voient le sacrilège et le blasphème partout: cinéma, théâtre, littérature, peinture. Les affaires déchainent des réactions : "Piss Christ", cette exposition d'une production de l'artiste new-yorkais afro-cubain Andres Serrano, jugée scandaleuse par sa représentation d’un crucifix plongé dans l’urine, ou la pièce controversée "Golgota Picnic" (de Romeo Castelluci "Sur le concept du visage du fils de Dieu".)
Certes il peut se faire que certains soient des intégristes d’une laïcité mal digérée. Au point d’exprimer un sentiment antireligieux agressif qui devienne en retour source d’agression et de renfermement sur soi ou sur une communauté. Ce serait en quelque sorte des intolérants, en contradiction avec leur combat contre l’hégémonie des religions !

Vois-tu je te propose de ne pas te laisser impressionner par l’agitation de ces peurs ...
D’abord tout cela fait la « délectation» de ceux qui évoluent dans les mouvances extrémistes ou traditionnalistes. Déclencher des spectacles de rue d’un autre temps, avec fanfreluches, dentelles, plis et surplis, sans oublier les croix géantes, c’est spectaculaire mais engendre, ce qui est pire, violence et destruction !
Pourquoi tant d’émotions pour quelques petites représentations particulières (Piss-Christ, Golgotha Pique-nique) ?
Pourtant l’atteinte au sacré, dénoncée, est le plus souvent anecdotique dans son contexte et n’est que rarement le cœur du message de l’artiste ! Mais surtout l’enjeu est ailleurs, il n’est pas religieux mais politique ! Il s’agit de restaurer une France complètement catholique et une Europe totalement chrétienne ! Comme l’exprime le curé de Saint-Merri, "la religion est la dernière de leurs préoccupations. » il parle de rivalités à l’intérieur du Front National : « Alors que Jésus Christ, il est loin ! »

Si je voulais être plus lapidaire je répondrais à ces gens : « Arrêtez de m'emmerder avec ces religions qui désirent donner une norme aux citoyens ! La religion n’est pas là pour restaurer une France chrétienne fusse-t-elle réputée « Fille ainée de l’Église ! » qui devrait le rester, ou pour ne voir qu’une seule tête, fusse-t-elle celle du Christ !

Ne crois-tu pas que nos sociétés occidentales, sont plus marquées par un fort sentiment de désarroi, de fatalité, parfois de mauvaise conscience dans la manière d’envisager l’homme, le monde et les évènements, plutôt que victimes de christianophobie ?

Je te propose deux voies... La première qui ne nous est pas spontané : entrer en intériorité.
Peut-être as-tu entendu parler de Miguel Angel Estrella, pianiste argentin, qui fût enlevé à Montevideo en Uruguay et demeura trois ans en prison. Pendant cette période, il conserva le mouvement de ses doigts en imaginant les sons sur un clavier muet, un piano né de sa psyché. Il avait ce don de s'extraire des geôles des généraux d'un accord virtuel plaqué, notes plus puissantes que les barreaux de sa prison.
Ne crois tu pas que ce qui la sauver est une force intérieure et silencieuse ?

François de Sales donne ce conseil : « Je n'ai jamais pu approuver la méthode de ceux qui, pour réformer l'homme, commencent par l'extérieur, par des contenances, par des habits et le reste. Il me semble, au contraire qu'il faut commencer par l'intérieur. « Faire naître l'extérieur de l'intérieur » Voilà quelque chose que tout humain peut entendre. Et il rajoute pour le chrétien : "Mon enfant, dit Dieu, donne moi ton cœur " (Prof 23.16) « Oui vraiment quiconque à Jésus Christ en son cœur, l'a bientôt en toutes ses actions." III, 216

Alors seconde voie : il s’agit maintenant de rentrer en action !
Si vraiment tu es croyant, cesse de cautionner dans le silence les actes et les paroles scandaleuses, entre en résistance, en « objection de conscience’ » voire en désobéissance, pour faire honneur et à la dignité de l’homme et Dieu, créateur ! Oui, il s’agit de contribuer à créer, changer le monde. Pour cela nous devons dépasser, gesticulations et activisme, même s’ils sont teintés d’humanisme. La question est de donner à nos agir la force de l’espérance, qui inclut le témoignage.
En 177, les chrétiens de Vienne et de Lyon écrivaient à leurs frères d'Asie Mineure une lettre célèbre, relatant le martyre d'une cinquantaine de frères ... La lettre commence ainsi : "Les serviteurs du Christ qui séjournait (paroikountes) à Vienne et à Lyon..." autrement dit « ceux qui sont de passage, qui séjournent comme étrangers en résidence temporaire, qui sont des pèlerins..." Le chrétien n’est- il pas depuis l’origine présenté, et ne se reconnaît-il pas en cela, comme étranger, immigrant, sans-domiciles fixes, à l’image de Jésus, avec toutes les fragilités qui cela entraine !
Alors peut-être est-il bon de nous considérer comme `non-­installés", comme 'en route".
J'ai envie de dire, en forçant un peu le texte, comme "nomades", en Exode voire en Exil. Si aujourd'hui encore nous souhaitons être fidèles à l'Évangile en constituant l'Église, il nous faudra accepter d'être dérangés, bousculés, chassés des habitudes et des scléroses de toute institution, pour être hommes et femmes en passage, revivant individuellement et en communauté la Pâque du Christ.
 « Je ne vous propose ni le fer, ni cette poudre dont l'odeur et la saveur rappellent la fournaise infernale ; je n'organise pas un de ces camps dont les soldats n'ont ni foi ni piété. Que notre camp soit le camp du Dieu dont les trompettes font entendre, avec des accents pleins de douceur (...) C'est sur ce camp, vaillants Compagnons d'armes, que vous devez fixer vos regards ; et ce que votre fidélité doit à Dieu, à l'Église, à la Patrie, à vos autels et à vos foyers, lorsque l'occasion s'en offrira, faites-le, montrez-le, accomplissez-le. Vous entrevoyez enfin, je pense, toute l'étendue du plan que je vous propose pour reconquérir... C'est par la faim et la soif, endurées non par nos adversaires mais par nous-mêmes, que nous devons repousser l'ennemi. C'est par la prière que nous le chasserons ; car ce genre de démons, vous le savez, ne peut être chassé que par la prière et le jeûne (Mt 17,20 ; Mc 9,28).
Ce dernier mot laissé à François de Sales s’articule si bien sur ce passage de la première lettre de Pierre : Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte. Mais que ce soit avec douceur et respect, en ayant une bonne conscience, afin que, sur le point même où l’on vous calomnie, ceux qui décrient votre bonne conduite en Christ soient confondus. Car mieux vaut souffrir en faisant le bien, si telle est la volonté de Dieu, qu’en faisant le mal. 1Pierre 3 15-7

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Langue de bois ?

La question :
Je m’adresse à toi, cher Griot, expert en « paroles ». Voilà, mon problème : je suis assez direct et entier, aussi je dis tout, franchement ... comme ça vient, et c'est souvent mal perçu ... Toute vérité ne serait-elle donc pas bonne à dire ou doit-on parfois pratiquer la langue de bois ?
 
 
Le riot a dit :Je comprends bien ta réaction et ton dilemme. Il y a même un vieux proverbe latin qui dit « Veritas odium parit » « La franchise engendre la haine » peut-être une variante de ce tu dis : « Toute vérité n'est pas bonne à dire ! »

 

Mais immédiatement faut-il d’abord se demander « Qu’est-ce que la vérité? »
 
Qui est-il sûr de détenir la vérité ? Devant tant de faits divers, de scandales, et de discours politiques... on peut, ou même, on doit se demander : quelle est la vraie version des faits, qui dit vrai ? Devant le concert des religions, il en est de même : quelle est la vraie ?
Chacun a sa vérité ! Toutes ces déclinaisons, qui souvent sont l’expression de nos colères, de nos hésitations ou indignations sont des questions universelles. Et à l’heure de la mondialisation, il y a au moins quelque chose de bon, la question de la vérité nous donne l’occasion d’ouvrir de nouveaux lieux de dialogue, de travailler la parole comme expression, et confrontation à la vérité... de chacun.
 
Nous avons en tête ce mépris de Pilate à l’égard de Jésus qui venait de dire qu'Il est venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité : « Mais qu'est-ce que la vérité ?"
La question une fois de plus est une question en l’air, qui n’attend même pas de réponse, sauf celle de le livrer à la mort ; qui de plus est en s’en lavant les mains !
 
Vois-tu, « la foi en la vérité commence avec le doute au sujet de toutes les "vérités" en quoi l'on a cru jusqu'à présent » Friedrich NIETZSCHE / Humain, trop humain. (1878-1879)
Vois-tu, là où le dialogue cesse la vérité recule ! Et regarde autour de toi tous ces dialogues qui cessent, toutes ses paroles qui s’abstiennent ! Deux exemples ont secoué notre univers culturel.
L'affaire "Piss Christ", cette exposition d'une production de l'artiste new-yorkais afro-cubain Andres Serrano, jugée scandaleuse par sa représentation d’un crucifix plongé dans l’urine !
L’affaire de la pièce controversée "Golgota Picnic" (de Romeo Castelluci "Sur le concept du visage du fils de Dieu".) ... qui est « délectation » de ceux et celles qui évoluent dans la mouvance catholique traditionnaliste... dont certains viennent de s’apprêter à endommager les alarmes du théâtre du Rond-Point à Paris où doit être prochainement jouée la pièce !
 
Toute parole est-elle bonne à dire ? La liberté de l’artiste est-elle infinie ? L'artiste peut-il tout se permettre ?
A priori on a tendance à dire surement pas. Toi-même probablement tu ne prétends pas pouvoir tout te permettre ?
Mais je trouve qu’il y a une autre question pertinente : Pilate en se lavant les mains peut-il tout se permettre, ces intégristes qui détruisent peuvent-ils tout se permettre, jusque dans la violence et l’éveil de la haine ?

Je regrette que « l’objet » du litige, ou la parole qui dérange ne soient pas, du côté de leur auteur, d’abord, l’engagement d’un dialogue, fusse-t-il provocateur ! Comment ne pas essayer de comprendre et faire comprendre que l’œuvre, l’image, puissent être autre qu'une « histoire sans paroles ! »
Je regrette tout autant que « l’objet » du litige, ou la parole qui dérange ne soit pas aussi, du côté des détracteurs, autrement qu’une polémique soulevée par des milieux fondamentalistes et repris, amplifiés si facilement par des chrétiens plus prompts à se sentir victimes d’incroyants que de se risquer au jeu de l’échange et du dialogue ! Car enfin en parlant de croix, se pose la question de la vraie victime qui en définitive demeure toujours le pauvre, le petit, le sans paroles. « La réponse à Pilate et à nous se résume ainsi : " La vérité, c’est d’être à côté des pauvres " Autrefois c’était " Hors de l’Église point de salut ", ce fut ensuite " Hors du monde point de salut ". Aujourd’hui nous devrons apprendre à dire "Hors des pauvres, point de salut " (extrait de Pedro Casaldáliga, théologien de la libération et évêque du diocèse le plus pauvre du Brésil.)
Mon ami je pense qu'il faut parler, toujours parler et dire la vérité, sans dissimuler ! Par contre je ne suis pas sûr que toute vérité soit bonne à dire. Peut-être parfois vaut-il mieux se taire ! Différer une parole, attendre le moment favorable pour ne pas prendre le risque de blesser l'autre. François de Sales, grand communicateur, conclura : « Je n'ai encore vu personne qui se soit mal trouvé de dire du bien du prochain. » Autrement dit, s’entraîner à parler bien de son frère est plus important que d’asséner la vérité ! C’est la juste mesure, celle du cœur humain ! Si une vérité risque de blesser il nous suggère de « s'en défaire, se l'ôter de l’esprit et n'en point parler » Ce qui compte en définitive, c’est la juste mesure, celle du cœur humain ! « Toute vérité qui n'est pas charitable, vient d'une charité qui n'est pas véritable! »

 

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Chapeaux !

La question :
 
C’est quoi les chapeaux que les évêques ont sur la tête ?

 
Le riot a dit :
Je vous répond depuis « Saint Pierre-les-trois chapeaux ! » où je me repose quelques jours... 
Votre question est récurrente. Et le « pourquoi » est la plupart du temps accompagné d’un étonnement, de points d’interrogation : « c’est quoi, ça ? » ou de points d’exclamation... « Oups !!!... c’est quoi, ça ? » ( sourire moqueur au coin des lèvres ! )
La question est bonne ! Ce chapeau que beaucoup ne savent pas appeler par son nom : « une mitre », n’est bien sûr pas la coiffure du pêcheur qu’était Saint Pierre ; dommage par jour de grand vent cela lui aurait donner des ailes !
La mitre est le symbole de la dignité épiscopale ! Chacun est obsédé par la forme de ce chapeau mais peu, remarquent les deux bandes de tissu « fanons » qui en tombent derrière. Cela représente l’union des églises d’Orient et d’Occident ou encore le premier et second Testament. Moi j’aime bien cette idée que l’évêque a ses « pompes » sur lesquelles sont écrites les phrases essentielles de l’Évangile pour qu’il ne les ait jamais loin de la tête et du cœur !
Mais savez-vous que lors d’une ordination d’Évêque la remise de tous les signes (onction, évangile, anneau, bâton de pasteur... ) est accompagné d’une parole d’attribution: « Recevez... » sauf la mitre qui est remise sans paroles ! Autrement dit la mitre ça laisse coi ! Silence ! On écoute la Parole du Christ !

L’autre jour dans la sacristie, l’évêque s’habille en évêque. Il met son chapeau. Le sacristain, non sans un humour ravageur, fait remarquer que ce couvre chef vient tout droit des Égyptiens que dis-je des pharaons ! En fait notre sacristain aurait du parler des Assyriens et des Perses qui eux portaient une mitre, cette coiffure haute et conique. Voilà pourquoi les évêques mettent mitre en tête, pour se donner la prestance d’un pharaon... et c’est assez en accord,il est vrai, avec une Église « pyramidale » !
Un enfant, voyant un jour, lors d’une cérémonie présidée par l’évêque , le dit chapeau, s’étonne : « pourquoi, il a un drôle de bonnet, sur la tête ? » La réponse facile aurait été de dire à ce jeune curieux, « normal, l’évêque c’est un gros bonnet ! » Mais il n’aurait su se contenter de cet humour d’autant que sa remarque était judicieuse : car un bonnet est bien une coiffure sans rebord. Ce qui met l’accent sur le côté périlleux de l’évêque qui travaille sans « rebord », sans balustrade à laquelle se raccrocher ! (Ce n’est pas comme le pape qui lui a une fenêtre avec son rebord, pour parler, ou une papamobile pour s’accrocher ! )
Et cette idée du bonnet nous rapproche de la modernité, nous faisant passer des Assyriens ou pharaons aux révolutionnaires de 1789 : un bond dans la modernité. La république de l’Évêque est sans conteste l’Évangile au cœur de ce monde. Il prend l’Évangile sous son bonnet ! Comme quoi la vérité sort de la bouche des enfants !
Le bonnet nous renvoi aussi aux animaux que les enfants aiment bien !
Le pape porte ou portait un bonnet rouge. Un camauro de velours... du latin camelacium, qui signifie chameau. Il est le plus souvent bordé d'hermine ou de duvet de cygne ! Probablement, cet enfant avait-il vu l’évêque de profil, avec sa coiffure qui fait penser à la coiffe à longues oreilles qu’on mettait aux élèves punis : un bonnet qui réveille au fond de l’enfant ce vieil usage: la mise au coin avec un bonnet d’Âne.
A l’occasion d’une journée avec des jeunes en aumôneries, l’évêque est venu se mêler à eux ! Il a fait le tour du « Chantier » et mis les mains dans le cambouis ! Cette journée était bien un immense chantier pour construire la cité de l’Évangile. Tout y était : fabrication des lauzes, de moellons, mise en place des tuyauteries ; etc... et les casques bleus, rouges, blancs ... étaient sur les têtes de gens qui, dans cette forêt de panneaux, d’engins, échafaudaient la Parole !
A l’heure de la pause ( la célébration) l’évêque revêt les signes épiscopaux ... et s’apprête à traverser le hangar du chantier où est célébré la messe. Soudain un animateur du chantier, se précipite au vestiaire, et en revient avec un casque blanc qu’il va proposer à l’évêque à la place de sa mitre, histoire de faire plus vrai ! L’évêque sourit et lui propose de prendre le casque si l’animateur met la mitre... Chiche dit l’animateur ! L’évêque sourit encore... mais garde son couvre chef ! Pourtant l’Église est un immense chantier et le métier d’évêque qui va de communauté en communauté porterait si bien ce signe fort : un casque de chantier ! Sinon à travers tous les moments vécus en Église, le casque d’escalade, de boxe, de spéléologue, de glisse, de parachutisme ... conviendraient parfaitement au sport extrême d’Église !

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